Intérêt du test sérologique Artu dans la détermination des sensibilisations allergiques chez le chien atopique
Introduction
A côté des intradermoréactions (tests dallergie in vivo), qui demeurent le test étalon pour déterminer les sensibilisations allergiques chez le chien atopique, un certain nombre de tests sérologiques (tests dallergie in vitro) ont été développés et sont disponibles sur le marché.
Ces tests in vitro, comme les tests in vivo, ne doivent pas servir pour le diagnostic de dermatite atopique per se, mais sont utiles pour définir les allergènes en cause, afin de pratiquer une éviction (rarement réalisable en pratique) et surtout pour mettre en place une immunothérapie spécifique.
Différents tests existent sur le marché. Tous ont un principe commun: le dosage des IgE en utilisant un antisérum spécifique anti-IgE canin à laide dune technique très sensible (eg : avidine-biotine). Différentes sources danti-IgE existent : polyclonaux, monoclonaux, utilisation de la chaîne alpha du récepteur à haute affinité pour les IgE.
La valeur du test sérologique utilisé dépend de nombreux facteurs : qualité des extraits allergéniques, sensibilité et spécificité intrinsèques du test, seuil de positivité utilisé par le laboratoire, durée dincubation etc
En pratique, les résultats des tests sérologiques sont souvent comparés à ceux des intradermoréactions. Leurs sensibilité et spécificité varie dans la littérature entre 0 et 100% en fonction des tests et des auteurs ! La mise sur le marché en France dun nouveau test sérologique, considéré comme de haute qualité aux USA depuis de nombreuses années, est intéressante.
But de létude
Comparer les résultats du test sérologique ARTU avec ceux dun test déjà commercialisé en Hollande (considéré comme un test de référence) et avec les intradermoréactions chez des chiens atopiques.
Matériels et méthodes
Trois cliniques spécialisées en dermatologie ont participé à cet essai (Dr Alhaidari, Dr Bensignor, Dr Carlotti). 21 chiens présentant une dermatite atopique ont été inclus. Le diagnostic de DAC a été réalisé sur la conjonction des données épidémiologiques (race prédisposée, âge à lapparition des symptômes), cliniques (dermatose prurigineuse dans des localisations de prédilection) et sur lexclusion des causes parasitaires et infectieuses de prurit (absence de parasite démontrée par raclages cutanés et traitement insecticide/acaricide dépreuve, absence de bactérie ou de levure démontrée par examens cytologiques cutanés). Tous les chiens ont par ailleurs reçu un régime déviction hypoallergénique (ménagerou industriel à base
dhydrolysats de protéines) pendant une durée de deux mois, sans amélioration. Tous les chiens ont été testés par voie intradermique, en utilisant des extraits allergéniques du laboratoire Destaing. Le nombre de tests réalisés variait entre 10 et 42, mais tous les chiens ont systématiquement été testés avec des extraits de Dermatophagoides farinae, Dermatophagoides pteronyssinus, et un pollen de Dactyle (une aminée). Par ailleurs 13 chiens ont été testés avec un extrait de puces (Ctenocephalides felis felis). Les intradermoréactions ont été interprétées classiquement (réaction considérée comme positive si érythémateuse, en relief et dun diamètre supérieur à la moyenne des témoins positif et négatif). Un prélèvement sanguin a été réalisé pour tous les animaux et 5 millilitres de sérum ont été envoyés, sans mentionner le résultat des tests cutanés, au laboratoire Destaing. Les échantillons de sérum ont été testés par une technique de référence et par le test sérologique ARTU pour différents allergènes.
Résultats
Tous les cas ont pu être interprétés. Les tableaux ci-dessous rapportent les nombres et les pourcentages de corrélation entre les différents tests.
Conclusion
Les résultats rapportés ci-dessus montrent :
1/ une très bonne corrélation entre les résultats du test sérologique Artu et les intradermoréactions : plus de 80% pour les acariens, plus de 90% pour le pollen de graminée et 100% pour lextrait de puces.
2/ une meilleure corrélation entre le test Artu et les intradermoréactions quavec le test sérologique considéré comme la référence pour Dermatophagoides pteronyssinus et lextrait de puces.
Les avantages comparés des tests sérologiques et des intradermoréactions sont rapportés dans le tableau ci-dessous.
TESTS INTRADERMIQUES
TESTS SÉROLOGIQUES
AVANTAGES
* Test direct dans lorgane lésé * Résultats immédiats * Considéré comme la référence * Permet de tester un très grand nombre dallergènes * Potentiellement moins coûteux que la sérologie si un grand nombre dallergènes sont testés * Faux positifs et faux négatifs réputés
rares
* Facilité de réalisation * Possibilité théorique de réaliser le dosage même en cas dadministration de médicaments anti-inflammatoires (corticoïdes notamment) * Réalisation possible sur un animal présentant une dermatose étendue
INCONVÉNIENTS
* Sédation parfois nécessaire * Une certaine technicité et de lhabitude sont nécessaires * Nécessité darrêter les médicaments antiinflammatoires plusieurs jours ou semaines avant la réalisation * Durée de conservation des extraits nécessitant un renouvellement régulier
* Sensibilité et spécificité du test variables en fonction des laboratoires * Coût pour un dépistage de nombreux allergènes
Rappelons également quune étude a montré que les résultats de limmunothérapie spécifique sont améliorés en se basant à la fois sur les données de la sérologie et des IDR pour sélectionner les allergènes à inclure dans le flacon de désensibilisation !
En outre, il apparaît important de toujours se souvenir que la démonstration dune sensibilisation ne fait pas un diagnostic dallergie : des chiens sains peuvent présenter des taux élevés dIgE spécifiques ou des intradermoréactions positives : cest lenquête allergologique qui permet dimputer la pertinence dun test à la dermatose.
Références
DeBoer DJ, Hillier A. The ACVD task force on canine atopic dermatitis (XVI): laboratory evaluation of dogs with atopic dermatitis with serum-based allergy tests. VetII 2001;81:277-287.
Prélaud P Diagnostic clinique des dermatites allergiques chez le chien. Revue de Médecine Vétérinaire 2004;155:12-19.